L'Observatoire de Marseille
[seconde partie : histoire depuis la Révolution]
par Edouard Stephan
ancien directeur de l'Observatoire
paru dans Encyclopédie départementale des Bouches du Rhône, tome VI
Marseille, 1914
En 1789, l'Observatoire de Marseille avait à sa tête Saint-Jacques de Silvabelle qui le dirigeait depuis vingt-six ans et qui conserva le titre de directeur jusqu'à la fin de sa vie. Dans une autre partie du présent ouvrage nous avons assez amplement parlé de ce savant très distingué et ce serait une redite que de revenir ici sur les détails de sa carrière qui se rattache beaucoup plus à la période antérieure qu'à celle dont nous nous occupons actuellement. Il était assisté par deux adjoints: l'un, Bernard, auquel nous avons aussi consacré une notice, était, en 1789, sur le point de quitter l'Observatoire ; le second, Thulis, devait plus tard lui succéder comme directeur.
Direction de Thulis. * Fils d'un ancien échevin de Marseille, Thulis semblait destiné à suivre, comme son père, la carrière du commerce par laquelle il débuta en effet dès sa sortie du collège des Jésuites, après de fortes études. Bientôt envoyé au Caire, pour y diriger une succursale de la maison paternelle, il y demeura six ans et demi ; mais ce stage ne put étouffer son goût inné pour les sciences exactes. Rentré à Marseille, en 1772, il renonça tout à fait aux chances lucratives des opérations commerciales pour étudier en toute liberté les mathématiques, la physique, la chimie, et l'astronomie. Cette dernière science fixa définitivement sa vocation et, à partir de 1780, il s'y consacra d'une manière à peu près exclusive. Ce fut alors pour lui une bonne fortune de rencontrer à l'Observatoire des maîtres comme Silvabelle et Bernard dont il reçut de bienveillants conseils et qui même l'associèrent à quelques-uns de leurs travaux.
* Jacques-Joseph Thulis, né à Marseille le 6 juin 1768, décédé dans la même ville, le 25 janvier 1810.
Une autre circonstance lui permit aussi de se familiariser avec la pratique de l'astronomie d'observation. Le prince de Saxe-Gotha, grand amateur d'astronomie, avait installé à Hyères un observatoire pourvu de bons instruments de fabrication anglaise. Thulis, qui s'était trouvé, à Marseille, en relations personnelles avec ce prince, vint le voir et séjourner près de lui à Hyères, en 1786 ; puis, en sa compagnie et celle du baron de Zach, il entreprit à travers l'Italie un voyage au cours duquel il visita les principaux observatoires de ce pays.
A son retour, Silvabelle le donna pour collègue à Bernard auquel il succéda, en 1789, lors de la retraite de celui-ci. En 1793, un décret du comité de salut public le confirma dans les fonctions de directeur-adjoint et enfin à la mort de Silvabelle, en 1801, il fut nommé directeur en titre. Mais, depuis longtemps déjà, il en exerçait effectivement les fonctions ; car l'âge et les infirmités interdisaient toute activité au titulaire.
C'est donc surtout à lui que l'on est redevable de la conservation des instruments et de tout le matériel de l'Observatoire durant la période révolutionnaire. Jamais il n'abandonna son poste et, plus d'une fois, ce fut au péril de sa vie qu'il eut à défendre, contre les agressions d'une foule furieuse, l'établissement confié à ses soins.
Thulis était directeur de l'Académie de Marseille lors du décret de la Convention, du 8 Août 1793, qui supprimait toutes les sociétés littéraires ou scientifiques patentées et, à ce titre, il en présida la dernière séance le 21 du même mois. Il fut l'un des fondateurs et le premier président de la société qui, en 1799, sous le nom de Lycée des Sciences et des Arts, a servi de trait d'union entre l'ancienne et la nouvelle Académie.
En même temps que Thulis remplaçait Silvabelle comme directeur, à Marseille, il lui succéda à l'Institut national en qualité de correspondant. Il appartenait déjà à plusieurs sociétés savantes de France et, plus tard, il devint membre de l'académie de Goettingen ainsi que de la Société des naturalistes de Berlin.
Sa préoccupation constante fut d'améliorer la situation générale de l'observatoire, soit par une disposition plus judicieuse des instruments anciens et par des modifications qui en rendaient les indications plus précises, soit par des acquisitions nouvelles au moyen de subventions, obtenues non sans peine, du gouvernement ou de l'Académie de Marseille. Il ne reculait même pas devant les sacrifices personnels: plusieurs des instruments de l'Observatoire avaient été soldés de ses deniers, ainsi que certaines réparations des bâtiments pour lesquelles il ne fut jamais indemnisé. Aussi, lorsqu'en 1798 l'astronome Delambre visita l'Observatoire, il en jugea l'ordonnance parfaite. ***
Cependant il ne s'y trouvait pas un instrument capable de fournir la latitude avec toute la précision désirable. Une rencontre heureuse permit à Thulis de combler cette lacune: profitant du passage de Méchain, à son retour d'Espagne, il sut décider ce célèbre astronome à déterminer la latitude désirée au moyen du cercle répétiteur de Borda et l'assista dans le travail. C'est ainsi que cet élément primordial fut fixé avec une haute précision.
Lors de l'expédition d'Egypte, il compara avec soin tous les chronomètres jusqu'au moment du départ de la flottille et assura ainsi la sécurité de la traversée ; en outre, pendant toute la durée de la campagne, tandis que les savants français opéraient en Egypte, il effectua avec assiduité des observations correspondantes ; de telle sorte qu'il a contribué au succès de leurs travaux géodésiques.
C'est un fait connu que, sous la direction de Thulis, on découvrit, à Marseille, plus de comètes que dans aucun autre observatoire. Pons, l'auteur de ces nombreuses découvertes, mérite à plusieurs égards et en particulier par la singularité de ses débuts une mention historique spéciale.
Né en 1761 à Peyre, village du Haut-Dauphiné, Jean-Louis Pons était entré à l'Observatoire de Marseille, en février 1789, comme simple concierge. Frappé de son intelligence et de son adresse, Thulis lui apprit à se servir des lunettes et même à observer les passages d'étoiles à l'instrument méridien pour déterminer l'heure. Quoique dénué d'instruction première, l'élève profita si bien de ces notions d'astronomie pratique qu'en peu de temps il devint un observateur hors ligne et se signala par des découvertes si nombreuses qu'elles lui valurent une réputation européenne. Son habileté manuelle était remarquable. C'est avec une lunette entièrement fabriquée par lui, y compris les verres, qu'il trouva sa première comète, celle du 11 juillet 1801.
Nommé astronome-adjoint à Marseille en 1813, il fut appelé à Lucques en 1819 comme directeur de l'Observatoire de cette ville ; puis à Florence où il mourut en 1831. On lui doit 45 comètes dont 18 trouvées à Marseille. Il découvrit en particulier, le 26 novembre 1818, la fameuse comète, dite à courte période parce qu'elle effectue sa révolution autour du soleil en trois ans et quatre mois seulement. On l'appelle aussi comète d'Encke, du nom de l'astronome qui a calculé, dans un savant travail, les éléments de son orbite.
Thulis observait toutes ces comètes avec le plus grand soin pendant toute la durée de leur visibilité et, en général, plus longtemps que dans les autres observatoires ; aussi, sont-ce ses observations qui ont le plus servi pour le calcul des éléments des orbites de ces comètes. Leur précision a été attestée par les témoignages des juges les plus compétents tels que Gauss et Bessel qui les ont citées en exemple, sous ce rapport, à tous les observateurs.
Jusqu'à lui, l'Observatoire n'avait publié que quelques observations éparses dans divers recueils. Le premier il a tenu des registres réguliers où sont consignés les détails des observations. Outre ses travaux d'astronomie, on y trouve une suite d'observations météorologiques poursuivies sans interruption pendant vingt ans.
Malgré le caractère technique de cette étude, on ne trouvera pas déplacé qu'après avoir énuméré les titres scientifiques de Thulis nous rappelions que ce fut un homme de bien dans toute la force du terme. Comme celle de Silvabelle sa charité était inépuisable. Fondateur de la société de bienfaisance de Marseille, il en est resté administracteur [sic] jusqu'à la fin de sa vie. Son portrait et sa biographie ont été publiés dans les volumes 15 et 21 de la célèbre correspondance du Baron de Zach (édition allemande) qui fut, dans son temps, comme le journal officiel de l'astronomie.
De Zach tenait la valeur scientifique et le caractère de Thulis en une haute estime que reflète le ton de plusieurs de ses lettres conservées à l'Observatoire de Marseille. Cette intimité ne fut sans doute pas sans influence sur la détermination qui ramena le Baron dans notre ville où il fit un long séjour et exécuta, en 1810 et les années suivantes, de très belles opérations géodésiques embrassant tout notre territoire. L'ensemble de ces travaux a fourni la matière principale de son important ouvrage en deux volumes qui a pour titre L'attraction des montagnes et ses effets sur les fils à plomb et sur les niveaux des instruments d'astronomie (Avignon 1814).
En fait, de Zach mesura de deux manières l'amplitude de l'arc compris entre le phare de Planier et l'ancien monastère de Notre-Dame-des-Anges, accolé à la montagne de Mimet, d'une part directement par des observations astronomiques et, de l'autre, au moyen d'une triangulation. Entre les deux déterminations, il trouva la petite différence de 1",98 ; d'où il conclut que la déviation produite sur la direction du fil à plomb par la montagne de Mimet est approximativement de deux secondes d'arc.
Direction de Blanpain*. Le successeur de Thulis, comme directeur de l'Observatoire de Marseille, fut J. -J. Blanpain. Lautard, qui a prononcé son éloge devant l'Académie de Marseille, dans la séancedu 23 juin 1844, dit que son intelligence et son goût de l'étude lui valurent, à ses débuts, des protecteurs bienveillants au nombre desquels il cite Saint-Jacques de Silvabelle. Il eut donc, dès sa jeunesse, accès à l'Observatoire. Il s'y lia avec Thulis ; car on trouve leurs deux noms sur la liste très restreinte du Lycée des arts et des sciences, en 1799. Blanpain y figure même comme secrétaire ; ce qui lui ouvrit de très bonne heure les portes de l'Académie, où il compta toujours des amis et à l'occasion des défenseurs.
* Blanpain (Jean-Jacques), né à Marseille en 1777 ; décédé dans la même ville en 1843.
Il occupait la chaire de mathématiques au collège lorsque la direction de l'Observatoire devint vacante par la mort de Thulis. L'Académie de Marseille, qui conservait la prétention d'avoir la haute main sur ce dernier établissement, présenta Blanpain qui fut nommé, a-t-on dit avec malignité, malgré cette présentation ; ce qui après tout est peut-être exact, car l'Académie ne reçut jamais de réponse et la tendance du moment était de rattacher au Bureau des Longitudes tout ce qui concernait l'astronomie.
Blanpain ne resta pas inactif: il continua les observations météorologiques, observa diverses comètes et même en découvrit une nouvelle en 1819 ; mais il se trouvait dans des conditions de travail difficiles. Le matériel instrumental, dont il disposait, aurait dû être l'objet d'une réfection complète. La production scientifique ne pouvait que s'en ressentir et on le lui reprocha sans doute de Paris, ou l'on appréciait mal, à distance, la gravité des difficultés contre lesquelles il avait à lutter. Son caractère peu flexible se cabra devant les critiques. Un voyage qu'il fit dans la capitale, loin de lui être favorable, semble au contraire lui avoir nui et, de retour à Marseille, ses relations avec le Bureau des Longitudes continuèrent à s'aigrir. De Zach, qui lui était nettement hostile, se laissa aller à publier dans sa correspondancedes articles fort désobligeants pour lui. Toutes ces causes réunies entraînèrent, en 1822, sa révocation qui resta définitive malgré les protestations de l'Académie.
Direction de Gambart*. La direction de Gambart, qui suivit celle de Blanpain, fut brillante mais courte.
Fils d'un professeur de navigation, mutilé dans un combat naval, le jeune Gambart entra lui-même dans la marine dès sa sortie de l'enfance. En 1814, l'escadre d'Anvers, à laquelle il appartenait, ayant été licenciée, il vint retrouver son père au Havre où sa bonne étoile lui fit rencontrer Bouvard. Frappé par sa vive intelligence, l'éminent directeur de l'Observatoire de Paris l'emmena et le garda près de lui en le traitant comme un fils. Le jeune homme ne pouvait avoir un meilleur guide dans la carrière astronomique vers laquelle l'entraînait une inclination irrésistible. En deux années son éducation technique était complète ; aussi Bouvard, fondant les plus grandes espérances sur son avenir scientifique, n'hésita-t-il pas à l'envoyer à Marseille, en 1819, comme astronome-adjoint pour y remplacer Pons qui venait d'être appelé en Italie. En 1822, il fut nommé directeur.
* Gambart (Jean, Félix, Adolphe), né à Cette en 1800 ; décédé à Paris en 1836.
On lui doit en particulier une foule d'observations d'occultations d'étoiles et d'éclipses des satellites de Jupiter et c'est surtout à l'aide de ces dernières qu'ont été établies les tables de ces satellites publiées par la suite dans la Connaissance des temps.
Il s'est en outre assidûment occupé des comètes dont, pour sa part, il a découvert seize nouvelles. Mais il ne se bornait pas à la recherche de ces astres: avec une grande habileté, il calculait rapidement les éléments de leurs orbites, soit paraboliques, soit elliptiques. La fâmeuse [sic] comète périodique de six ans et trois quarts, habituellement désignée sous le nom de l'officier autrichien, Biéla, qui l'aperçut effectivement le premier, le 27 février 1826, à Johannisberg, serait peut-être appelée plus justement comète de Gambart. Le premier se borna en effet à la signaler. L'astronome français au contraire, qui ne la découvrit il est vrai que dix jours plus tard mais d'une manière indépendante, en fit une longue suite d'observations précises au moyen desquelles il calcula d'abord les éléments approchés, puis les éléments elliptiques de son orbite.
Gambart était d'une complexion délicate. Cruellement frappé dans ses affections lors de l'épidémie de choléra qui sévit à Marseille en 1835 ; sentant d'ailleurs les premières atteintes du mal qui devait l'emporter, il vint chercher du réconfort auprès de Bouvard. Après quelques mois il rentra à Marseille ; mais il n'y fit que passer et se hâta de regagner Paris, où il mourut dans les bras de son vieux maître et ami, à l'âge de trente-six ans.
Direction de Valz*. La longue carrière de Valz a été d'une grande fécondité. Parmi ses publications, on en relève vingt-deux dans les annales de l'Académie du Gard, cinquante-huit dans les comptes rendus de l'Académie des sciences et il faut y joindre de nombreuses notes disséminées dans la Correspondance astronomique du Baron de Zach, la Bibliothèque universelle de Genève, la correspondance mathématique de l'Observatoire de Bruxelles, les " Monthly Notices " de la Société royale astronomiquede Londres, les " Astronomische Nachrichten ", les Mémoires de l'Académie de Marseille, etc. Un grand nombre d'entre elles mériteraient une mention spéciale.
* Benjamin Valz, né à Nîmes le 27 mai 1787, décédé dans sa propriété de Bon-secours, banlieue de Marseille le 22 avril 1867.
En 1876, M. René Deloche, ingénieur des Ponts et Chaussées et membre de l'Académie du Gard a présenté à cette compagnie une notice historique de 32 pages sur B. Valz.
Sa réputation scientifique était bien établie et il appartenait déjà à l'Institut lorsque, en 1836, il fut appelé à la direction de l'Observatoire de Marseille, rendue vacante par la mort de Gambart.
Son début dans la vie avait été cruellement attristé ; car son père, accusé de modérantisme malgré des sentiments républicains sincères, fut une des dernières victimes de la Terreur. A quinze ans il entra, à Nîmes, dans une de ces Ecoles centrales, créées en 1795 pour remplacer les anciens établissements scolaires supprimés par la Convention. On sait que ces écoles réussirent peu. Cependant, celle de Nîmes, grâce au talent de quelques-uns de ses maîtres, fut moins stérile que la plupart d'entre elles. Valz y reçut les leçons de deux hommes éminents, Alexandre Vincens et Gergonne et en sortit à dix-huit ans avec une instruction scientifique assez développée.
Son goût le portait surtout vers l'astronomie ; il s'y consacra avec ardeur et, quoique dépourvu d'instruments, se mit à étudier la voûte céleste avec assiduité. Ily marquait les places des astres mobiles au moyen d'alignements stellaires, à la manière des premiers observateurs. C'est ainsi qu'il suivit, dans leurs marches, les comètes de 1807 et de 1811. Mais bientôt il put se procurer une excellente lunette de Dollond et fit établir au-dessus de sa maison un véritable observatoire où, pendant dix-neuf ans, jusqu'à son départ pour Marseille, il effectua de nombreuses observations. En le quittant, il en laissa l'usage à un jeune homme très habile, Laurent, qui en 1858 y découvrit la planète Nemausa.
Les premiers travaux de Valz avaient eu surtout pour objet les comètes. En 1825, il retrouva celle d'Encke avant tous les autres observateurs. Il en fit des observations suivies et fut conduit à remarquer que le volume de ces astres singuliers se contracte quand ils s'approchent du soleil et se dilate quand ils s'en éloignent. L'étude de ce fait ayant été mise au concours par l'Académie des Sciences, Valz présenta un mémoire qui fut couronné, en 1832, et qui, en même temps, valut à son auteur le titre de correspondant de l'Institut.
A l'Observatoire de Marseille, Valz continua, d'une manière encore plus active, à se mêler au mouvement scientifique général. L'énumération de ses observations, de ses calculs et de ses mémoires excéderait les limites assignées à la présente notice. On ne peut cependant omettre de mentionner qu'il fut un des premiers à observer d'une manière suivie la planète découverte par Galle, le 23 septembre 1846, d'après les indications précises de Le Verrier, qu'il calcula, d'après ses propres observations, les éléments de son orbite et, à ce propos, de signaler un fait qui montre sa perspicacité.
On sait que Le Verrier a été conduit à la découverte de Neptune en cherchant à expliquer les perturbations d'Uranus par l'action d'une planète plus lointaine encore inconnue. Or, en 1835, dans une lettre à Arago, Valz émettait l'hypothèse que les irrégularités constatées dans la durée de révolution de la comète de Halley pourraient provenir de l'attraction d'une planète plus éloignée qu'Uranus et ayant une durée de révolution triple au moins de celle de la comète. Cela dit sans vouloir établir aucun rapprochement entre cette hypothèse non suivie de conséquences et le génial travail de l'illustre astronome qui sera toujours considéré comme un des événements scientifiques capitaux du XIXe siècle.
On ne saurait non plus passer sous silence la part qui revient à Valz dans l'histoire des découvertes des nombreuses petites planètes comprises entre Mars et Jupiter. On sait que la première, Cérès, fut trouvée à Palerme, par Piazzi, le 1er janvier 1801 et que les trois suivantes, Pallas, Junon et Vesta lui succédèrent en quelques années. Trente-sept ans s'écoulèrent ensuite sans en faire connaître aucune autre. Mais, à partir de la découverte d'Astrée, en 1845, le nombre des astéroïdes augmenta avec rapidité et, sans pressentir encore la richesse du groupe (leur nombre dépasse aujourd'hui 700), on put déjà prévoir qu'il en existait beaucoup d'autres.
En 1847, Valz adressait à l'Académie des Sciences une communication où il faisait remarquer que les planètes comprises entre Mars et Jupiter effectuent leur révolution à peu près en quatre ans, qu'elles coupent deux fois l'écliptique dans cette période de temps et que, par suite, en surveillant avec une assiduité suffisante une zone étroite comprenant ce grand cercle, il serait possible de trouver en quatre années toutes les planètes de ladite catégorie. Il invitait donc la Compagnie à faire établir des cartes de la zone écliptique tout entière et à organiser des recherches systématiques dans cette zone par de nombreux observateurs.
Mais Valz, dont la proposition avait été appuyée par de Pontécoulant et par Le Verrier, fit mieux que d'indiquer la possibilité de l'entreprise, il commença à l'exécuter lui-même et engagea un jeune amateur d'astronomie, Chacornac, dont il guidait alors les premiers essais, à commencer cet atlas écliptique.
Chacornac se mit à la besogne avec ardeur, trouva sa première planète, Phocea, le 6 avril 1853 et, toujours dirigé par les conseils de Valz, en avait rencontré quatre autres à Marseille, lorsque, en 1857, il fut appelé par Le Verrier à l'Observatoire de Paris où, jusqu'à sa mort il continua son travail cartographique et la série de ses découvertes. Son oeuvre, qui a rendu et rend encore tant de services aux chercheurs, a été continuée par d'autres observateurs, notamment par les frères Henry, d'abord par le même procédé, c'est-à-dire par l'observation visuelle, puis par l'emploi de la photographie, lorsque les astronomes furent en possession de plaques suffisamment sensibles.
Valz s'était aussi occupé, en 1837, de l'observation méthodique des étoiles filantes. Il donna également à l'Académie des Sciences plusieurs notes sur l'emploi des spectroscopes dont l'emploi en astronomie commençait à peine.
L'astronomie n'a pas été d'ailleurs le seul objet de son activité intellectuelle ; au début de sa carrière, il avait failli devenir ingénieur. On le voit en effet, à partir de 1812, occupé pendant quatre ans au canal d'Arles, où il fit exécuter des tronçons considérables ; plus tard, en collaboration avec Fauquier, capitaine du génie, il élabore un projet de canal pour l'adduction d'eau à la ville de Nîmes. Enfin, il est l'auteur d'un projet de docks et de nouveaux ports pour Marseille ; projet qui semblerait bien timide aujourd'hui ; mais il faut faire la part des temps et songer qu'en 1838 on était bien loin d'entrevoir l'extension prodigieuse que prendraient bientôt l'industrie et le commerce.
On peut considérer la date de sa retraite, en 1860, comme marquant le terme de l'activité de l'ancien Observatoire des Accoules dont le matériel utilisable fut transféré, quelques années plus tard, dans la nouvelle station astronomique, établie au plateau de Longchamp, comme succursale de l'Observatoire de Paris.
Nouvel Observatoire. Vers le milieu du siècle dernier, notre pays, qui pouvait s'enorgueillir à bon droit des travaux de nos astronomes en mécanique céleste, où il n'avait cessé de tenir le premier rang, depuis Laplace jusqu'à Le Verrier, s'était au contraire laissé distancer de fort loin dans le domaine de l'astronomie d'observation.
Tandis que, en Angleterre, en Allemagne, en Russie et même en dehors de l'Europe, se multipliaient des stations astronomiques remarquablemento utillées et pourvues d'un nombreux personnel, grâce au concours des pouvoirs publics ou des particuliers, nous ne possédions en province que les observatoires de Marseille et de Toulouse que leur organisation surannée condamnait à une décadence complète.
A Paris même, les instruments laissaient beaucoup à désirer comme puissance et notre grand Observatoire national se trouvait placé sous ce rapport dans des conditions d'infériorité manifestes vis-à-vis de plusieurs autres établissements similaires.
La revivification de l'astronomie pratique en France a été l'oeuvre de Le Verrier.
Dès son entrée en fonctions de directeur, en 1856, ce grand astronome orienta ses efforts vers la construction des grands instruments. Dans cette entreprise, il eut la bonne fortune de pouvoir s'attacher comme collaborateur un savant doublé d'un artiste incomparable, Léon Foucault, dont le nom était déjà popularisé par ses belles expériences de physique et de mécanique.
Nous ne ferons pas ici l'historique des succès progressifs obtenus par Foucault dans la taille des verres d'optique. N'ayant en vue que ce qui concerne Marseille, nous nous bornerons à dire qu'il réussit à produire des miroirs de verre, à surface argentée, d'une forme presque géométriquement parfaite et qu'il les utilisa pour constituer, à peu de frais, d'excellents télescopes de dimensions graduellement croissantes.
C'est ainsi que, vers 1862, l'Observatoire de Paris se trouva en possession d'un admirable télescope de 80 centimètres de diamètre.
Ce gigantesque instrument n'était pas encore achevé que Le Verrier projetait de l'établir dans le midi de la France, en un point où la sérénité habituelle du ciel permettrait de l'utiliser d'une manière plus fréquente et plus efficace qu'à Paris.
Après avoir fait agréer son projet par le Ministre de l'Instruction publique, il vint lui-même à la recherche de l'emplacement le plus favorable, eut des entretiens préliminaires avec les municipalités de Montpellier et de Marseille et finalement fixa sa préférence sur cette dernière ville.
Toutefois, ce ne fut pas le local de l'ancien Observatoire qu'il choisit. Celui-ci consistait dans une bâtisse très massive, enclavée dans un quartier à ruelles étroites ; tandis que Le Verrier voulait un emplacement assez vaste, assez distant de toute construction importante et où les divers instruments pourraient être établis isolément sur le sol même, de manière à ne passe gêner les uns les autres.
Après avoir songé d'abord à un point du parc du Château Borély, qu'il jugea ensuite avec raison trop rapproché de la mer, il opta définitivement, de concert avec le maire, qui était alors M. Rouvière, pour une partie du plateau de Longchamp, située à l'est de la ville, à l'altitude de 75 mètres environ et presque entièrement entourée par des jardins publics.
En même temps, le maire et Le Verrier fixaient les bases d'une convention réglant les obligations mutuelles de l'Etat et de la Ville pour assurer le bon fonctionnement et la durée de la nouvelle station astronomique.
Ces pourparlers, ratifiés par le Conseil municipal, aboutirent à un traité approuvé par le Ministre et enregistré à la date du 15 décembre 1863. Quant à l'ancien Observatoire, dont le maintien eut fait double emploi, l'Etat, qui en était propriétaire, en fit quelques années plus tard rétrocession à la ville.
La construction des nouveaux bâtiments fut confiée à l'éminent architecte Espérandieu qui édifiait alors l'admirable palais dont notre ville est si justement fière et Le Verrier put venir inaugurer la nouvelle station, à la fin de 1864, en présence du Conseil municipal et de M. Bernex, nommé maire depuis le mois de juillet précédent, après le décès de M. Rouvière.
Il n'y avait encore, comme grand instrument, que le télescope installé sous sa coupole tournante ; on dut même le démonter peu après pour modifier la partie antérieure du tube.
A ce moment, les autres instruments prévus se bornaient à un chercheur de comètes puissant et à un équatorial. La nouvelle station devait en effet conserver le caractère de succursale de l'Observatoire de Paris et l'on pensait que les éléments astronomiques, qu'elle ne pourrait se procurer par ses propres moyens, lui seraient fournis par la métropole. Mais, dans la suite, on reconnut des inconvénients à cette combinaison et, en 1873, un décretr établit l'autonomie de l'ancien Observatoire de Marseille, dont le matériel fut complété de manière à lui permettre de se suffire à lui-même.
Les instruments principaux sont:
1º Un cercle méridien portant un objectif, de A. Martin, de 188 millimètres de diamètre et de 2m 25 de longueur focale. Son axe porte deux cercles gradués identiques de 1 mètre de diamètre. Le micromètre oculaire dont les fils peuvent, à volonté, être rendus noirs sur champ éclairé ou brillants sur fond noir, sert aux mesures d'ascensions droites et de distances polaires. A cet instrument, sont joints un grand niveau et un appareil de retournement.
2º Un chercheur de comètes dont la monture parallactique spéciale permet à l'observateur d'explorer la voûte céleste sans avoir pour ainsi dire à déplacer la tête. L'objectif, qui est de Foucault, a 2m 10 de distance focale et un diamètre de 182 millimètres.
Ces deux instruments sont abrités dans un élégant bâtiment qui possède cinq pièces au rez-de-chaussée. Celle du centre est affectée au cercle méridien ; les quatre autres servent de bureaux et l'une d'elles, située à l'angle nord-ouest, donne accès au chercheur qui la surmonte.
3º Un équatorial dont la lunette a une ouverture de 258 millimètres et une distance focale de 3m 10. L'objectif est de Merz. Le micromètre oculaire est analogue à celui du cercle méridien.
Le pied, entièrement métallique, repose sur un socle en maçonnerie bâti sur le roc et jouit d'une grande stabilité. A son intérieur est logé un mouvement d'horlogerie, avec régulateur Foucault, qui est réglé sur le temps sidéral et peut entraîner l'équatorial tout entier de manière à lui faire suivre automatiquement les astres dans leur mouvement diurne.
4º Le grand télescope de Léon Foucault, dont le miroir de verre argenté a 80 centimètres de diamètre et cinq mètres de distance focale. Comme l'équatorial, il peut être entraîné suivant le mouvement diurne par un régulateur Foucault.
L'équatorial et le télescope sont placés chacun dans une tour surmontée d'une coupole métallique tournante dont l'ouverture peut être rapidement orientée dans un azimut quelconque.
Pendules. A chacun des instruments, qui viennent d'être sommairement décrits, est associée une pendule sidérale maintenue électriquement à la même heure qu'une cinquième pendule fondamentale d'une perfection exceptionnelle, située dans un local où la température varie fort peu.
Une sixième horloge, réglée sur le temps moyen et maintenue à l'heure nationale exacte par un dispositif spécial, synchronise électriquement trois autres horloges, mises à la disposition du public, à la Faculté des sciences, à l'Hôtel des services publics (1, quai de la Joliette), et sous le péristyle de la Bourse.
Outre ces instruments principaux, l'Observatoire dispose encore d'un excellent petit équatorial mobile, de la maison Sécrétan, appartenant à la Faculté des Sciences, de diverses autres lunettes également portatives, d'un astrolabe à prisme, de chronomètres et d'une collection d'instruments météorologiques et magnétiques.
Ces instruments n'ont été mis en place, on le comprend, que d'une manière successive et on peut dire que la nouvelle station de Longchamp n'a été en état de fonctionner avec une activité réelle qu'à partir de 1866, époque de la réinstallation définitive du télescope et de l'érection du chercheur. Toutefois, il serait injuste de ne pas mentionner le nom de Voigt qui, le premier, y fut envoyé par Le Verrier et y rendit de précieux services, de 1863 à 1865, dans la phase initiale de l'organisation.
Physicien instruit, observateur habile et consciencieux, Voigt eût fourni une utile carrière astronomique s'il y eût persisté au lieu de rentrer dans l'enseignement. Pendant le peu de mois où il disposa du télescope, dont le maniement était alors fort pénible, il y observa un certain nombre de nébuleuses. En outre, il commença à initier aux observations son jeune assistant, M. Borrelly, qui lui avait été adjoint dès le mois de décembre 1864 et dont nous aurons bientôt à relater les nombreuses découvertes ultérieures.
Direction de M. Stephan. [. . . ] En 1866, M. Stephan vint remplacer Voigt à Marseille comme astronome-adjoint délégué de l'Observatoire de Paris. C'est en cette qualité qu'il dirigea la station de Longchamp jusqu'en 1873, époque où celle-ci fut transformée en Observatoire autonome dont il fut alors nommé directeur.
Les travaux scientifiques réguliers, qui ont été poursuivis sans interruption à l'Observatoire de Marseille, depuis 1866, jusqu'à l'époque actuelle, se subdivisent comme il suit:
1º L'exploration du ciel pour la recherche des planètes, des comètes, des nébuleuses, etc. ;
2º Les observations de haute précision pour déterminer avec le maximum d'exactitude les positions des astres fixes ou mobiles ;
3º La détermination de l'heure et sa distribution au public ;
4º Les observations météorologiques et magnétiques ;
5º Les calculs de réduction des observations.
A ces travaux quotidiens il faut joindre ceux qui ont pour objet des faits de caractère accidentel tels que les étoiles filantes, les éclipses, les occultations, les déterminations de longitudes et enfin les recherches personnelles de pratique ou de théorie.
Recherches exploratives. C'est de cette branche des travaux que M. Stephan se préoccupa tout d'abord ainsi d'ailleurs qu'il en avait reçu le mandat formel. Après avoir personnellement découvert la planète 89 Julia, le 6 août 1866, il confia ce genre de recherches et celui des comètes à MM. Borrelly et Coggia, tout jeunes alors, qui s'y adonnèrent avec autant d'ardeur que d'habileté et qui bientôt, par leurs nombreux succès, s'acquirent une notoriété universelle. On doit en effet: à M. Borrelly les découvertes de 20 planètes et de 19 comètes ; à M. Coggia, celles de 6 planètes et de 8 comètes. Un autre observateur, M. Cottenot, dont la carrière astronomique a été courte, a également trouvé une planète à l'Observatoire de Marseille. Les chiffres précédents sont remarquables. A l'époque où la recherche des planètes s'effectuait visuellement, MM. Borrelly et Coggia se trouvaient classés des premiers dans cette catégorie d'observations. Plus tard, la recherche de ces astéroïdes, facilitée par l'emploi de la photographie, s'est localisée dans un petit nombre de stations qui en ont fait une spécialité.
M. Stephan, après avoir assuré le service d'exploration relatif aux planètes et aux comètes, s'est principalement consacré, pendant de longues années, à l'étude des nébuleuses au moyen du grand télescope Foucault. Le nombre des nébuleuses nouvelles, qu'il a ainsi trouvées, est de 800 environ. Il a aussi retrouvé cinq comètes périodiques.
Observations de haute précision. Ces observations se pratiquent de deux manières: 1º directement au moyen du cercle méridien ; 2º d'une façon indirecte, à l'aide de l'équatorial ou du télescope, en comparant, avec un appareil micrométrique approprié, la position d'un astre étudié à celle d'une étoile voisine dont la situation sur la sphère céleste est déjà bien connue. Les observateurs déjà cités ont tous pris part à ces observations ainsi que plus tard MM. Esmiol et Fabry, élèves de l'école d'astronomie de l'Observatoire de Paris.
Chaque jour, quand l'état du ciel le permet, on observe au cercle méridien un certain nombre d'étoiles fondamentales, de positions parfaitement connues, ce qui permet de calculer les petites erreurs instrumentales ainsi que la correction de la pendule. On y joint l'observation des astres mobiles actuellement observables au méridien et celle d'autres étoiles, encore imparfaitement connues, dans le but d'en former un catalogue.
Des observations micrométriques des comètes et des planètes découvertes à Marseille, ainsi que d'un grand nombre de celles qui ont été trouvées ailleurs, ont été effectuées au télescope ou à l'équatorial durant la période de visibilité de ces astres, soit à l'époque de leur découverte, soit à leurs retours successifs. La plupart de ces observations ont été publiées dans divers recueils: Comptes rendus de l'Académie des Sciences, Astronomische Nachrichten, Monthly Notices, Bulletin astronomique de l'Observatoire de Paris.
Beaucoup de nébuleuses ont des contours imprécis, comme l'indique leur nom même, et un diamètre apparent assez considérable ; mais un certain nombre d'entre elles ont des points de condensation assez nets ou un diamètre assez petit pour comporter des observations d'une précision comparable à celle des noyaux cométaires. Les plus belles nébuleuses ont naturellement été découvertes les premières. Celles de M. Stephan sont, pour la plupart, extrêmement petites et faibles. Aussi a-t-il pu obtenir, par des mesures micrométriques, les positions très exactes de 500 d'entre elles qui ont été publiées dans les comptes rendus de l'Académie des Sciences*. On possédait peu de positions précises de ces corps d'une essence encore bien mystérieuse. On espère que les observations, faites à Marseille, seront utiles dans la suite pour faire connaître si, comme certaines étoiles, les nébuleuses ont des mouvements propres et que ces observations apporteront ainsi quelque lumière dans la question de la distance des dites nébuleuses au système solaire.
* Les 200 premières ont été insérées dans le supplément au catalogue de sir J. Herschel, publié à Dublin en 1878.
L'Observatoire a toujours distribué l'heure avec libéralité, surtout aux horlogers et aux marins ; il accepte même gratuitement le dépôt des chronomètres et les rend avec un bulletin de marche. Ce service a été complété, comme nous l'avons indiqué plus haut, par l'installation de trois horloges, maintenues à l'heure nationale exacte et accessibles au public.
Les astronomes ne touchent que très rarement à leurs pendules. Il leur suffit d'en connaître à chaque instant l'état d'avance ou de retard, qui leur est fourni par les observations méridiennes. La régularité de la marche de ces instruments est ainsi mieux assurée et le petit calcul qu'il faut faire pour avoir l'heure véritable est sans importance pour des professionnels ; mais il n'en est pas de même pour les gens du monde. Voilà pourquoi on a cherché et réussi à réaliser des pendules à indication toujours correcte. Le problème présente de très sérieuses difficultés ; on l'a résolu de la manière suivante:
A l'Observatoire, a été installée une pendule, de l'éminent artiste Fénon ; a la demande du directeur, elle a été munie d'un dispositif nouveau permettant d'en faire varier la marche, dans des limites assez étendues, sans qu'il soit besoin de toucher au balancier. Chaque matin, au moyen de ce dispositif dont l'efficacité pratique a dépassé ce que l'on espérait, cette pendule directrice, qui synchronise les trois autres, est, en quelques minutes, remise à l'heure exacte dont elle ne s'écarte pendant la journée que d'une quantité négligeable. Le public paraît très satisfait de ce service horaire.
Observations météorologiques et magnétiques. Les observations météorologiques, exécutées sans interruption depuis 1866, comprennent: la température et l'humidité de l'air, la direction et la force des vents, la pluie, la neige et les divers météores aqueux. Elles sont faites de trois en trois heures, de sept heures du matin à dix heures du soir. En outre, des instruments à indication continue enregistrent la température et la pression. Depuis 1882, ces observations sont publiées in extenso, chaque année, dans le bulletin annuel de la Commission de météorologie des Bouches-du-Rhône.
La valeur de la déclinaison magnétique a aussi fait l'objet d'observations trihoraires, jusqu'au moment où les courants causés par le puissant réseau électrique des tramways y ont apporté des perturbations trop considérables.
Calculs de réduction des observations. Les calculs tiennent une grande place dans les travaux journaliers d'un observatoire. Les observations ne peuvent pas être employées à l'état brut ; elles doivent être affranchies des erreurs dues à l'imperfection inévitable des instruments eux-mêmes ou à celle de leur installation et encore à des causes naturelles telles que la réfraction atmosphérique, etc. Tous les astronomes précités ont, ainsi que le directeur, participé aux calculs de réduction. Ils ont été assistés dans ce travail, à partir de 1875, par MM. Lubrano et Maitre qui, ayant acquis très vite une grande habileté, ont en outre été particulièrement chargés du service de l'heure et, plus tard, ont participé à l'ensemble des observations.
Travaux divers. Les astronomes de Marseille ont coopéré d'une manière très active aux observations simultanées d'étoiles filantes effectuées, de 1868 à 1872, sous l'impulsion de Le Verrier, dans le midi de la France et dans la Haute-Italie. Ils ont même contribué pour une part assez large à leur organisation. M. Stephan a discuté un grand nombre des observations de Marseille ainsi que de celles d'Orange et de Barcelonnette où s'était successivement transporté M. Borrelly. Les résultats de cette discussion ont été communiqués au congrès de l'Association scientifique réuni à Montpellier en 1871.
En 1868, M. Stephan avait été chargé, par le ministère de l'instruction publique, de diriger une expédition envoyée sur la côte orientale de la presqu'île de Malacca pour y observer l'éclipse totale de soleil du 18 août de cette année. Le succès de l'entreprise fut complet. Les membres de la mission qui, outre le directeur, comprenait les astronomes Rayet et Tisserand ainsi que le lieutenant de vaisseau Chabirand, établirent avec certitude, par leurs observations, la nature gazeuse des protubérances solaires et l'on sait combien ce fait, reconnu d'ailleurs à la même époque par d'autres observateurs, a contribué au progrès de nos connaissances sur la constitution physique du Soleil (Archives desmissions scientifiques et littéraires, T. V2me série et Annales de l'Ecole normale supérieure, T. VII, an 1870).
Dans les dernières années, M. Stephan a encore observé plusieurs éclipses totales de soleil ; celle du 28 mai 1900, à l'Observatoire d'Alger ; celle du 30 août 1905, à Guelma, en Algérie, avec la collaboration de son fils, feu le docteur Stephan et celle de M. Borrelly (annales du Bureau des Longitudes, T. V), enfin celle du 17 avril 1912, aux Sables d'Olonne.
En 1872 et 1873, M. Stephan s'est occupé de la question du diamètre apparent des étoiles fixes. On savait bien et depuis fort longtemps que ce diamètre est fort petit ; mais on ne possédait aucune notion précise sur le degré de petitesse de cet élément. C'est que l'image focale d'une étoile dans une lunette n'est pas un simple point lumineux, comme l'indiquerait la théorie élémentaire de la propagation de la lumière.
Guidé par une remarque de Fizeau sur les phénomènes d'interférences et par les conseils de cet illustre physicien, M. Stephan a trouvé, à la suite d'expériences exécutées avec le grand télescope et dans le détail desquelles il est impossible d'entrer ici, que le diamètre apparent des étoiles est très inférieur à 0",16. (C. R. de l'Académie des Sciences, tome LXXVI, page 1008 et tome LXXVIII, page 1008).
En 1874, en collaboration avec Loewy, M. Stephan a déterminé électriquement les différences de longitudes Marseille-Paris et Marseille-Alger, tandis que Loewy et le commandant Perrier (plus tard général) déterminaient directement la différence Alger-Paris. Par cette triple opération, le réseau géodésique algérien a été rattaché, pour la première fois, avec une grande précision, au réseau français. (Un volume in-4º, chez Gauthier-Villars). MM. Perrier et Stephan ont aussi déterminé, en 1877, la différence de longitude entre Paris et Lyon.
En 1900, l'observatoire de Marseille, comme la plupart des observatoires de France et de l'étranger, a participé aux observations combinées de la planète Eros, en vue d'une meilleure détermination de la parallaxe solaire.
Comme travaux de cabinet, il y a à mentionner des calculs d'orbites de planètes et de comètes par MM. Stephan et Fabry ainsi que de nombreuses éphémérides dues surtout à ce dernier astronome*.
* MM. Lubrano et Maitre ont aussi participé à ces calculs.
Notons encore d'intéressantes recherches de M. Fabry sur l'origine cosmique des comètes, sujet qui lui a fourni les matériaux d'une thèse de doctorat et qu'il a développé plus tard dans plusieurs notes ou mémoires.
En 1907, M. Stephan, parvenu à la limite d'âge, a été admis à la retraite et remplacé, comme directeur, par M. Henry Bourget, précédemment astronome-adjoint à l'Observatoire de Toulouse.
Direction de M. Bourget. La réputation scientifique de M. Bourget était déjà bien établie quand il fut appelé à la direction de l'Observatoire de Marseille, sur la double présentation du conseil des observatoires de province et de l'Académie des sciences. Antérieurement, il avait été présenté, pour une place d'astronome-titulaire à l'Observatoire de Paris (1905) et pour la direction de l'Observatoire de Bordeaux (1906). Outre des recherches de théorie*, on lui doit, en collaboration avec M. Baillaud, directeur de l'Observatoire de Toulouse, la publication de la correspondance de Stieltjes, son maître éminent, avec Hermite. Il a été aussi associé à la publication des oeuvres complètes de ce dernier et illustre géomètre par M. Emile Picard.
* Comptes rendus Ac. des Sc. 1887, 1897, 1898, 1905. L'auteur attache avec raison une importance particulière à ce dernier travail (Sur une classe particulière de fonctions). -- Ann. fac. sc. de Toulouse, 1899, 1901, 1904. -- Bulletin astronom. , 1904, 1905, 1906.
Dès son entrée à l'Observatoire de Toulouse, M. Bourget avait été chargé de la photographie des nébuleuses et amas stellaires au moyen du grand télescope, observations qui exigent de très longues poses et présentent des difficultés particulières par suite de l'instabilité focale des réflecteurs. Il imagina alors et put réaliser avec le concours de l'habile mécanicien, M. Carrère, un ingénieux procédé qui lui a permis d'obtenir de très beaux clichés.
Il dirigeait aussi à Toulouse le bureau des mesures du catalogue astro-photographique et de leur réduction. C'est ainsi en particulier qu'il eut la charge de tirer parti des clichés concernant la planète Eros.
En 1900, il fut envoyé à Elche, en Espagne, pour y observer l'éclipse totale de soleil du 28 mai (annales de la Faculté de Toulouse, 2e série, t. IV, 1902) et, en 1905, à Guelma, en Algérie, à l'occasion de l'éclipse du 30 août (Annales du Bureau des longitudes, t. V). Ces deux voyages lui ont fourni d'intéressants résultats.
A Marseille, M. Bourget a conservé pour l'ensemble des travaux ordinaires le plan général déjà adopté.
C'est sous sa direction que M. Borrelly a trouvé ses trois dernières comètes: le 3 septembre 1908, le 14 juin 1909 et le 2 novembre 1912. On a effectué un grand nombre d'observations précises de ces comètes, ainsi que de la plupart des astres nouvellement découverts dans les autres observatoires.
Le service de l'heure a été complété par une troisième pendule synchronisée, installée, comme il a été indiqué plus haut, sous le péristyle de la Bourse et, dans le voisinage, a été placé un baromètre enregistreur de grand modèle.
Le séismographe et l'astrolabe à prisme, mentionnés dans la liste générale des instruments de l'Observatoire, ont été également installés par M. Bourget. Le premier de ces instruments, dont M. Fabry est spécialement chargé, a déjà fourni des indications fort intéressantes ; l'astrolabe, d'invention encore récente, sera très utile dans beaucoup de cas.
M. Bourget a de plus organisé, à l'Observatoire, un poste de télégraphie sans fil pour la réception des signaux horaires et météorologiques de la tour Eiffel.
Parmi les travaux de calcul, on doit signaler que M. Esmiol a effectué la réduction à l'équinoxe de 1900 de toutes les observations de nébuleuses de M. Stephan. Le manuscrit est prêt pour l'impression.
M. Louis Fabry a continué ses recherches sur les petites planètes en s'occupant d'une manière spéciale des perturbations dans les orbites circulaires.
Le nombre toujours croissant de ces astéroïdes a nécessité une entente internationale pour répartir entre les divers observatoires les travaux qui les concernent. Celui de Marseille a été choisi comme point de concentration des nouvelles relatives à ces astres ; en octobre 1913, soixante circulaires ont été déjà envoyées aux divers observatoires participants.
Sur le plateau de Longchamp, où les vents soufflent sans rencontrer d'obstacle et apportent en outre des émanations salines, les pièces métalliques exposées à l'air s'altèrent avec une grande rapidité. Durant la période déjà longue écoulée depuis la fondation de l'Observatoire, les coupoles, les trappes de la salle méridienne etc., avaient nécessité des réparations multiples qui n'avaient pu en arrêter complètement l'usure progressive. Celle-ci était surtout accentuée pour la coupole du télescope. M. Bourget a eu la tâche de remédier à ces avaries.
Ayant obtenu du Ministère la création d'une place de mécanicien, il a appelé près de lui M. Carrère dont, à Toulouse, il avait pu apprécier l'habileté et, de plus, fait construire un atelier de mécanique très complet. Dès lors, l'Observatoire s'est trouvé en état d'exécuter par ses propres moyens les réparations même les plus importantes. Déjà la coupole du télescope, dont l'exécution était d'ailleurs loin d'être irréprochable et avait donné lieu dès l'origine à de graves démêlés entre Le Verrier et le constructeur, a été presque entièrement refaite. Aujourd'hui, l'étanchéité en est parfaite et sa mobilité ne laisse plus à désirer. D'autres réparations importantes vont suivre*.
* En 1913, M. Borrelly, parvenu à la limite d'âge, a été admis à la retraite. .